Suavité et mémoire

Douceur de vivre à la « cordobesa »… Sur une belle place derrière la cathédrale, autour de la statue de Luis de Cabrera, fondateur de la ville, s’égrènent les bancs, les cafés, les arbres exotiques aux troncs noueux et aux feuilles en forme de fougère, et les joueurs d’échecs. Sur les bancs, seul, par paire ou en famille, on parle, on se repose le nez en l’air, juste là à ne rien faire, on déguste une glace, on attend qu’il fasse moins chaud pour repartir. Les sept tables de jeu d’échecs sont toutes prises, et autour de chacune d’entre elles les spectateurs contemplent. Que des hommes, que ce soit les joueurs ou les spectateurs, voilà un domaine que les féministes activistes de Córdoba devraient investir ! Douceur de vivre d’une fin d’après-midi, lecture de Garcia Marquez sur une terrasse ombragée.

Pause qui était la bienvenue après la visite du « musée de la mémoire ». Ancien centre de torture de la police de Córdoba, la fameuse « D2 », ce musée est en fait un lieu pour se souvenir de la dictature, et des 20 000 morts ou disparus. Tout a été laissé en l’état, les cellules exiguës aux mur écaillés, les pauvres ouvertures qui ne permettent même pas de voir le ciel, sensation d’étouffement et frissons garantis. Sur un mur, une série de portraits pris par les policiers défilent, de face, de profil, c’est sans fin. Et puis il y a les photos des disparus, et leurs histoires. Celles de quelques-uns d’entre eux, racontées au travers d’objets familiers, ou par des travaux de recherche faits par des jeunes, pour reconstituer la vie de tel ou tel. Important de donner de la chair, un nom, un visage, à toutes ces personnes, dont la plupart d’ailleurs sont toujours disparus.

L’une d’entre elle m’a plus particulièrement marquée. Estrella, 24 ans, va à la police le 25 avril 1976, s’enquérir du sort de son frère, qui a disparu. On ne la revoit plus jamais. Sa mère va à la police le lendemain. On lui indique qu’elle a été transférée à un autre endroit. Elle y va, tous les jours, lui apporte ses repas, qu’elle dépose sur une table réservée à cet effet. Puis elle repart. Un jour (4 ou 5 jours après sa disparition) on lui donne un tas de vêtements qu’on l’autorise à laver et rapporter le lendemain, on lui dit que sa fille va bientôt être libérée. La mère repart. Elle y retourne le lendemain avec sa pile de vêtements propres, pour s’entendre dire que sa fille a été relâchée la veille au soir. Elle repart au plus vite chez elle, espère la trouver. Rien. Elle retourne au lieu de détention de sa fille, en disant qu’elle n’est pas rentrée, s’étonnant. On lui répond que les policiers ne sont pas chargés de surveiller les personnes libérées. Elle ne reverra jamais aucun de ses enfants. Fin de l’histoire, aujourd’hui encore ils sont « disparus ».

Après une pause bienvenue en terrasse donc, j’ai tenté de retrouver la légèreté en allant dans LE musée inratable de Córdoba, le musée des Beaux-arts Gerano Pérez (d’après un de mes amis de l’office du tourisme de la ville, qui m’a fait une belle croix sur mon joli plan 😊). Grosse déception… Ou plutôt, beaucoup de scepticisme… Je crois que je ressemblais un peu à ça devant les œuvres exposées :

À peu près seulement, hein…

À part un joli tableau de Emilio Carraffa, décidément chouette peintre argentin, la salle réservée aux œuvres des siècles passés était… laide. Il n’y a pas d’autres mots. Quant aux expositions temporaires… Rien compris.

Sauf peut-être une salle portant sur les contes mexicains mis en images, très jolis et inspirants, et racontés dans 68 (sur les 360 existantes !) langues parlées au Mexique.

Retour à la maison après cette maigre journée, me suis consolée avec de la lecture et un mojito en terrasse (free mojito hein !), sur le paseo del buen pastor, là où toute la jeunesse se réunit, dans l’herbe ou sur les marches (toutes proportions gardées, ce sont nos quais parisiens… des jeunes partout, avec une bière à la main aussi, ou un Thermos de maté, plus local !). Doux farniente…

« Choses vues » en rentrant : un taxi, fenêtres ouvertes et radio à fond, chantant à tue-tête en battant le rythme sur sa portière, une sorte de rap argentin envoûtant. Gaité assurée pour le reste de la journée…

Enfin, comme Margaux était pleine d’énergie après son premier cours d’auto-défense, on est ressorties faire un billard. Ambiance assurée : 20 tables au moins, aucune d’occupée quand on est arrivées, les lampes de couleurs vives se balançant au-dessus des tables, les deux barmen qui se sont empressés de mettre la musique, réparer les ventilos, une femme, ni du bar, ni cliente (mais qu’était-elle donc ??) qui tournait et tournait autour de nous, pas vraiment nette, parlant très très vite. Il fallait rester concentrées !!!

Heureusement la musique était divine…

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